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Lancement d'un projet nutrition et cerveau pour les enfants du tiers monde au Sénat

A l’occasion du 50ème anniversaire de AFECTIJean-Paul Curtay, nutritionniste de renom, donnera une conférence sur Malnutrition dans le tiers monde : conséquences sur le développement cérébral et… économique, lors d’un dîner au Salon du Sénat le 4 Décembre.

Après cette date, nous entrerons dans une phase long terme de mise en réseau des projets existants dans ce sens et de création de nouveaux projets sur le terrain.

Si vous vous sentez concerné soit à titre d’expert, de représentant d’organisation, d’ "ambassadeur " ou de soutien par des moyens divers de cette cause, vous pouvez contacter le président de l’AFECTI : Etienne Wermester.

Introduction à la conférence :

UNE PRIORITE : OPTIMISER LE DEVELOPPEMENT CEREBRAL DES ENFANTS

 
De nombreuses études ont montré que le développement cérébral dont les phases cruciales se situent in utero, pendant la première année de la vie, puis de manière moins intense jusqu’à l’âge d’environ huit ans, dépend de nombreux facteurs nutritionnels. Au-delà d’un apport protéino-calorique correct, les déficits en acides gras oméga trois, iode, zinc, fer, magnésium et vitamines B s’avèrent d’une grande importance.
Or, en dehors du fer qui manque rarement dans les pays développés, de par un apport en général excessif en produits carnés, tous ces déficits s’avèrent quasi ubiquitaires dans la population mondiale, même si c’est à des degrés divers. Pour donner quelques chiffres : on estime que les femmes enceintes en Europe, manquent en moyenne de 150 microgrammes d’iode par jour ; l’étude du Val de Marne constate que 100% des femmes en France ne reçoivent pas les apports recommandés en zinc, l’élément limitant de la synthèse des protéines et de la multiplication des cellules, donc des neurones, plus de 75% d’entre elles n’en recevant pas les deux tiers ; l’apport moyen en magnésium, responsable avec les sucres et l’oxygène des ressources énergétiques nécessaires à la croissance, est de 240 mg, ce qui ne représente qu’environ la moitié des apports recommandés. La situation est en général pire dans les pays en voie de développement.
L’amélioration des apports en iode est l’objet de campagnes d’envergure. On sait que le manque d’iode mène à une réduction de la synthèse des hormones thyroïdiennes et cette réduction à un retard de développement cérébral irréversible. Il était responsable en Europe du « crétinisme des Alpes » jusqu’à l’utilisation de la teinture d’iode, de l’enrichissement des sels en iode et du meilleur approvisionnement des montagnes en produits de la mer.
Les opérations qui sont menées dans les pays en voie de développement sont quasiment toutes centrées sur le modèle européen du XIXème siècle, sur l’enrichissement du sel en iode, ce qui apparaît aujourd’hui discutable, du fait que l’on cherche par ailleurs à réduire des apports excessifs en chlorure de sodium. Il existe de nombreuses alternatives : consommation de produits intégrant des algues, enrichissement des céréales en iode…
Après cela c’est le fer qui est surtout l’objet d’opérations, mais presque toujours à travers la fortification d’aliments, ce qui ne semble plus acceptable depuis que l’on sait que le fer, pro-oxydant, par un effet apparenté à la « rouille », altère la qualité nutritionnelle des protéines et des acides gras. Il faut donc travailler à des alternatives.
Un autre problème à résoudre : les campagnes qui font la promotion d’apports en fer augmentés chez la femme enceinte ont un effet pervers : le fer antagonise l’absorption du zinc qui manque au moins autant et dont l’impact sur le développement cérébral est nettement plus important.
En ce qui concerne les autres carences, quasiment tout reste à faire.
Enfin, des polluants, en particulier le plomb et le mercure, présents à petites doses partout, mais dans certains endroits à des doses plus que préoccupantes, ont un effet inverse, neurotoxique, qui réduit les capacités de développement intellectuel. L’accès à de l’eau et à des aliments sains peut non seulement réduire cette exposition toxique déjà active in utero, mais protéger les neurones par des apports en nutriments antagonistes capables de réduire l’ absorption, d’augmenter l’ excrétion, et de minimiser la nocivité des métaux lourds. De plus en plus de publications mettent aussi en avant les conséquences neurotoxiques d’un usage immodéré des pesticides. Métaux lourds et pesticides passent à travers le placenta et affectent le développement cérébral in utero.
Il apparaît que les investissements réalisés dans les systèmes éducatifs pourraient être exponentiellement plus fructueux si les bases préalables d’une amélioration des apports en nutriments essentiels au développement cérébral étaient mises en place auprès des femmes enceintes et allaitantes (les apports par le lait maternel dépendent aussi de l’alimentation de la mère) et des jeunes enfants.
Cela implique une approche multidimensionnelle mettant en réseau les grandes institutions internationales, les ONG, les associations et gouvernements locaux, et s’adressant à la fois aux mondes agricoles, des industries et artisanats agro-alimentaires, de la distribution, de la restauration, de l’éducation, des médias, de la médecine.
L’analyse des expériences faites en Europe dans le domaine de l’éducation nutritionnelle montrent que seules de telles approches intégrées fonctionnent. Mon expérience personnelle concerne un partenariat avec le Conseil Général des Pyrénées Orientales pour lequel j’ai rédigé une charte « Sois bien dans ton assiette », mettant en cohérence les recommandations nutritionnelles, sanitaires, comportementales et environnementales, afin d’optimiser progressivement les 20 000 repas quotidiens proposés aux collégiens et scolaires de l’école primaire. Celles-ci sont communiquées à travers des actions pédagogiques chaque fois que possible avec une dimension participative et des événements, à la fois aux enfants, aux parents, aux enseignants, aux gestionnaires, aux cuisiniers, aux cultivateurs de la région, aux médecins, aux infirmiers (pas seulement scolaires) et aux médias.
Je soumets donc à l’AFECTI la proposition de développer un tel projet dans le cadre de la coopération internationale.
 
Jean Paul Curtay
 
Bibliographie :
INTERNATIONAL NUTRITION FOUNDATION : http://www.inffoundation.org/publications/idpas.htm
THE ENVIRONMENTAL CAUSES OF INTELLECTUAL DISABILITIES : http://www.intellectualdisability.info/diagnosis/P_env_hlth.htm
UNITED NATIONS MERCURY PROGRAM : http://www.chem.unep.ch/MERCURY/
SLIDESHARE.NET : CHILDREN’S ENVIRONMENTAL HEALTH : http://www.slideshare.net/juliann/childrens-environmental-health

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